La CFTC revendique son utilité dans le paysage syndical

Malgré un score décevant aux élections professionnelles des très petites entreprises, la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) souligne combien sa vision d’un syndicalisme soucieux de la dignité des personnes est plus actuelle que jamais.

Ce samedi 1er mai, Éloi Schneider n’ira pas défiler. « Les forestiers, nous sommes plutôt des solitaires : nous n’avons pas trop cette culture de défiler sous les drapeaux avec tout le folklore », indique le délégué syndical central de l’Office national des forêts (ONF), où le syndicat chrétien est majoritaire. « Nous sommes moins dans la revendication : on préfère discuter et trouver des solutions », poursuit celui qui a justement rejoint la CFTC pour sa culture du « toujours négocier avant ».

« Le précédent délégué passait beaucoup de temps à venir rencontrer les gens et c’est ce qui m’a attiré », raconte-t-il, convaincu qu’« il est aujourd’hui très difficile de faire adhérer quelqu’un sur une idéologie syndicale : c’est le contact qui fait l’adhésion ». Quitte à faire des centaines de kilomètres sur ses heures de délégation pour visiter les salariés de l’ONF disséminés dans les massifs à travers toute la France.

« Dès que l’on travaille avec des hommes et des femmes, il faut prendre le temps de les écouter », abonde Pierre Fosse, trois mandats de conseiller prud’homal et aujourd’hui formateur pour les nouveaux adhérents de la CFTC. « De toutes les activités syndicales que j’ai pu avoir, c’est la prud’homie qui m’a le plus permis de vivre cette relation », affirme-t-il. « Nous sommes le syndicat de la dignité de la personne », insiste d’ailleurs le président de la CFTC, Cyril Chabanier.

« Avant d’être un ministre ou un chef d’entreprise, celui qui est en face de nous est une personne qui mérite confiance et respect, mais aussi un discours de vérité, détaille-t-il. Nous sommes dans une relation que nous voulons constructive. Mais si nous sentons qu’il y a un risque d’atteinte à la dignité des personnes, alors nous pouvons descendre dans la rue ou appeler à la grève. »

À l’ONF, Éloi Schneider souligne l’échec des postures revendicatives face à la direction. « Nous savons bien qu’elle n’a que peu de marge de manœuvre face aux ministères de tutelle, confie-t-il. C’est pourquoi nous préférons négocier pour que tout se passe au mieux. »

Une attitude qui a permis à la CFTC de devenir le premier syndicat de l’ONF, avec 36 % des voix. Sur le plan national, les chiffres sont toutefois plus proches de 9 %, juste un point au-dessus des 8 % assurant à un syndicat la représentativité nationale lui permettant d’exister dans les négociations. Les 5,9 % obtenus aux élections professionnelles des très petites entreprises sont donc un très mauvais résultat.

« Mais il y a eu tellement peu de votants à ces élections que cela ne devrait pas influer outre mesure sur les résultats de la représentativité globale », pointe Cyril Chabanier. Ces chiffres, qui prendront en compte les élections dans toutes les entreprises, devraient être connus d’ici à la fin du mois et fixeront le paysage pour les quatre ans à venir. « Même s’il y a un peu plus de stress que pour d’autres, nous devrions conserver notre représentativité », assure le président de la CFTC pour qui « notre grand problème, c’est l’implantation ».

« Quand nous sommes dans une entreprise, nous faisons de bons scores, mais nous sommes loin d’être partout, ce qui explique notre moyenne de 9 %, explique-t-il. La difficulté est de trouver les deux ou trois personnes qui vont nous implanter sur un site. Ensuite, on s’aperçoit que notre façon de faire du syndicalisme plaît et attire. »

Si l’existence d’un syndicat confessionnel peut apparaître dépassée pour certains, voire fragilise, en l’émiettant, le pôle réformiste composé avec la CFDT et l’Unsa, pour Cyril Chabanier, « la boussole sociale-chrétienne » de la CFTC lui permet de « faire un syndicalisme différent ». « Nos idées nous permettent d’être souvent un aiguillon du pôle réformiste », soutient-il. Et de donner l’exemple de « l’utilité sociale des métiers »« Tout le monde rigolait quand on en parlait il y a dix ans », se souvient-il. Le Covid est passé par là : « Aujourd’hui, j’ai deux réunions par semaine sur l’utilité sociale des travailleurs de la deuxième ligne. »

Même chose sur la famille, autre sujet cher à la CFTC qui porte depuis toujours une attention particulière aux relations entre vie professionnelle et vie familiale, remises sur le devant de la scène par l’essor du télétravail. « Cette boussole fait que nous ne changeons pas d’idées toutes les cinq minutes en fonction de l’opinion, appuie-t-il. Ça peut avoir l’air vieillot, mais je suis convaincu qu’elle nous pousse à aborder depuis longtemps des thèmes très actuels. »

Source : La Croix

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